|
|
|||||||||||
Ludwik Dorn était jusqu’à la semaine dernière encore le ministre de l’intérieur mais aussi un très proche ami des deux frères jumeaux Kaczynski. Celui-ci était d’autant plus proche d’eux que sa démission, juste pour quelques points d’opposition, reste pour le moins surprenante.
Dorn a lui même justifiée sa démission en disant qu’il s’agissait d’une différence d’opinions concernant la politique à mener concernant les affaires intérieures du pays.. Cette démission reste aussi toutefois impressionnante car elle succède deux jours seulement celle du ministre de la défense nationale, Sikorski.
Tandis que les raisons qui entourent ces démissions restent mystérieuses, on peut toutefois noter que de nombreux changements ont lieu, ceux-ci ont tendance à centraliser la prise de décisions politiques autour du premier ministre, Jaroslaw Kaczynski, ainsi que de son frère, l’actuel président de la République. Les deux frères auraient tendance à écarter tout ministre qui aurait un comportement trop indépendant et à renforcer autour d’eux leur contrôle des services civils, ceux de la banque centrale, des juridictions, des médias publiques ainsi que des sociétés et entreprises publiques.
Ces changements coïncident d’ailleurs avec le renvoie de personnels qui avaient des liens avec les anciennes autorités communistes , action qui avait d’ailleurs provoquée à ce moment quelques craintes mais aussi une sorte de chasse aux sorcières. L’un des dirigeants de l’institut des affaires publiques vient de dénoncer Jaroslaw Kaczynski comme un homme qui ne tolère pas de se faire critiquer et remettre en question.
Les fréquents changements de personnels ont rendu plus difficile l’application des mesures de réglementation externe, comme par exemple la future intégration de la monnaie européenne, la lutte contre la dominance énergétique de la Russie, ou encore l’affaire du bouclier antimissile américain. Au sein du cabinet ministériel, les ministres travaillent eux mêmes sous pression pour faire évoluer la situation du service médical, travailler sur une réforme des retraites mais aussi doivent ils accuser de forts retards pour la mise en place de la construction de nouvelles autoroutes. Durant les élections, des promesses avaient été faites pour baisser les impôts et construire plus de logements sociaux, tout cela est en train de partir à la dérive, comme l’a annoncé Jardwiga Staniszkis, enseignant en sciences politiques à l’université de Wroclaw.
D’ailleurs, Kaczynski est venu relativiser la démission de Dorn en disant qu’il en ferait l’un de ses députés, mais c’est chose veine à croire, car comme le dit Staniszkis. Jaroslaw Kaczynski est juste bon à utiliser les gens, et non pas à s’attacher à eux.
Pour ce qui est de Sikorski, il était un homme politique efficace et indépendant qui appartenait au groupe parlementaire du parti politique du Droit et de la Justice mais il n’avait pas adhéré au parti politique lui même. Ce qui ennuyait les frères Kaczynski fut le dernier projet de loi que Sikorski s’apprêtait à proposer, et ce en dépit de l’opposition des frères Kaczynski mais aussi de celle de l’ancien député Antoni Macierewicz qui a pris la direction des services spéciaux. La principale raison expliquant le départ de Sikorski vient du fait que Macierewicz a été fait directeur des services militaires spéciaux.
Si on essaie de comprendre le flux de changement de personnel, et ce malgré le peu de commentaires et de justifications donnés par Kaczynski, il faut s’en référer à un pur combat idéologique. On saura bientôt qui sont les partisans de Kaczynski, et lesquels sont ses ennemis, et cela en dépit du fait même que partisans et ennemis appartiennent à la même famille politique.
Juste après les élections de 2006, Jaroslaw Kaczynski n’avait déjà pas une bonne réputation. Il est devenu premier ministre parce que l’ancien premier ministre, Kazimierz Marcinkiewicz, lui avait laissé sa place, ce dernier s’attendant à pouvoir gagner les élections municipales de Varsovie. En outre, lorsque la popularité de Marcinkiewicz avait rebondi dans les sondages, Jaroslaw Kaczynski a essayé de reprendre cette situation à son avantage, de crainte que Marcinkiewicz ne créée lui même son propre parti politique.
En outre, si on regarde ce qui s’est passé l’an dernier, le personnel ministériel a souvent changé. Anna Fotyga, l’une des proches de Kaczynski, a été ordonnée ministre des affaires étrangères après que Stefan Muller eut démissionné pour protester contre le gouvernement de coalition et l’entrée de l’extrême droite dans le gouvernement polonais. De même, Zyta Gilowska a dû démissionné parce qu’elle fût accusée d’avoir collaboré avec l’ancienne police secrète des services communistes. Elle a été exonérée de toute condamnation, et s’est vue réaffectée au poste de ministre des finances publiques.
De même, c’est à l’heure actuelle le premier ministre qui prend toutes les décisions dans certains domaines clés de l’économie, comme en a témoigné le directeur économique de la Table des Négociations Commerciales de Pologne, Janusz Jankowiak.