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La Pologne s’est enfin dotée vendredi d’un gouvernement majoritaire, regroupant dans une coalition des populistes et des nationalistes d’extrême-droite, autour des conservateurs victorieux des législatives de l’automne. Après sept mois d’instabilité politique, le cabinet minoritaire de Kazimierz Marcinkiewicz parrainé par le parti conservateur Droit et Justice (PiS) a été rejoint par les populistes anti-libéraux de Samoobrona (Autodéfense) et les nationalistes ultra-catholiques de la Ligue des familles polonaises (LPR).
Le président Lech Kaczynski a nommé vendredi aux postes de vice-Premiers ministres le chef de Samoobrona Andrzej Lepper et celui de la LPR Roman Giertych. Ils seront chargés respectivement des portefeuilles de l’Agriculture et de l’Education. Samoobrona a obtenu en outre les ministères du Travail et du Bâtiment, et la LPR également le ministère de la Mer, nouvellement créé.
Les populistes anti-libéraux de M. Lepper avaient déjà formé la semaine dernière une coalition gouvernementale avec le parti PiS de Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau du président de la République.
La coalition de PiS avec Samoobrona ne disposait toutefois que de 218 députés sur 460. Une alliance avec la LPR assure à leur gouvernement une majorité théorique de 245 députés.
Le portefeuille des Affaires étrangères reste en suspens dans le cadre de ce remaniement : son titulaire Stefan Meller, un universitaire et diplomate sans parti, avait démissionné après l’annonce de l’entrée de M. Lepper au gouvernement.
Sa démission a été acceptée vendredi par M. Marcinkiewicz, a indiqué ce dernier. M. Meller continuera toutefois à expédier les affaires courantes jusqu’à la nomination de son sucesseur dont le nom n’a pas été dévoilé.
"Nous avons un gouvernement qui dispose de la majorité. La situation politique, qui avait rendu difficiles les changements dans notre pays, a changé", s’est félicité le président Kaczynski. "Nous avons une coalition qui a de grandes chances de mener à bien les changements indispensables dans notre pays", a-t-il ajouté.
Nombre d’analystes polonais semblent ne pas partager son optimisme. "C’est une fin symbolique sur la scène politique polonaise du mouvement Solidarité. Cette coalition nationale-populaire contredit les 16 années de transformations démocratiques opérées en Pologne sous impulsion de Solidarnosc", a déclaré Stanislaw Mocek, politologue à l’Académie polonaise des Sciences.
Pour Ryszard Petru, analyste à la banque BPH, "c’est un signal négatif pour l’économie, mais ses effets seront sans doute limités dans la mesure où l’économie se développe en dépit de la politique". "C’est plutôt un problème des chances perdues (...) avec des pressions populistes qui risquent de décourager les investisseurs", a-t-il déclaré.
Les incertitudes politiques des derniers mois sont en effet restés sans grande incidence sur la situation économique de la Pologne, dont la monnaie, le zloty, reste très forte par rapport à l’euro et au dollar qui s’échagait vendredi à 2,98 PLN/USD, un record depuis un an.
Samoobrona a mis en sourdine ses prises de position anti-européennes. M. Lepper a déclaré vendredi qu’il fallait "tout faire pour mettre à profit les fonds de l’UE et les investir dans les infrastructures, dans la construction de routes, car c’est ce qu’il y a de pire en Pologne".
La LPR est farouchement opposée à l’adoption de l’euro, ce à quoi la Pologne s’était pourtant engagée dans le traité de l’adhésion à l’UE. Mais ce pays est loin de remplir l’un des cinq critères de convergeances, celui du déficit budgétaire, et M. Marcinkiewicz a d’ores et déjà renvoyé à 2009 le débat sur la question.