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Le ministre polonais des affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, vient d’annoncer que la Pologne s’apprêtait à reconnaître l’indépendance de la région serbe qu’est le Kosovo en attendant l’approbation du gouvernement. Cette annonce a été faite juste après que les ministres des affaires étrangères de l’ensemble de l’Union Européenne se soient réunis à Bruxelles et qui devaient se prononcer sur l’attitude et la politique internationale communes à adopter en ce qui concerne le Kosovo. Pour ce qui est de la France, de l’Italie, de la Grande Bretagne et de l’Allemagne, ces pays ont déjà annoncé qu’ils allaient admettre l’indépendance de cette région, mais ce n’est pas le cas de l’Espagne, ni de la Grèce, de Chypre et des autres pays européens qui contestent cette indépendance. Pour l’instant, la Pologne dispose de 100 soldats sur le territoire de cette région agissant dans le cadre de la mission de maintien de la paix. Bien qu’il soit difficile d’accorder une politique internationale commune, le refus de l’Espagne s’explique en partie par ses craintes vis à vis des revendications de ses minorités, en particulier les basques qui veulent créer leur propre État. La Russie présente aussi une vive opposition vis à vis de l’indépendance du Kosovo.
Comme l’avait expliqué le ministre polonais des affaires étrangères à Bruxelles, « la Pologne doit prendre sa propre décision vis à vis de la situation qui a court à l’heure actuelle dans les Balkans. La Pologne est partisane de la plus grande union européenne possible, ce qui constitue un autre critère tout aussi important ». Il a aussi expliqué qu’il se devait d’être en contact permanent aussi bien avec le Premier Ministre polonais Donald Tusk tout comme avec le Président de la République de Pologne, Lech Kaczynski, sur cette question du Kosovo qui ne semble pas si évidente, et cela d’autant plus que les deux hommes, appartenant à des partis politiques opposés et ayant souvent des différentes visions en matière diplomatique, disposent tous les deux, aussi bien pour le chef du Gouvernement tout comme pour le chef de l’État, de compétences communes en matière de politique étrangère.
D’ailleurs, la position de l’actuel ministre polonais des affaires étrangères n’a pas toujours été la même. Il y a de cela à peine une année, ce dernier soutenait la position serbe au sein du Kosovo, en faisant remarquer que cette région relevait d’un héritage et d’une culture chrétienne. C’est la presse polonaise qui vient de le rappeler à travers le magazine Gazeta Wyborcza, où celui-ci avait mis en garde la communauté européenne vis à vis d’une possible islamisation de la région du Kosovo, notamment en ayant mis en avant le fait que des maisons serbes aient été brûlées pour y installer à la place des mosquées financées par des fondamentalistes musulmans. Voici les anciens propos qui ont été recueillis par celui qui fut à la fois ministre sous le gouvernement de Jaroslaw Kaczynski ainsi que sous le gouvernement de Donald Tusk : « Je me suis rendu il y a deux années de cela au Kosovo, j’y ai vu des quartiers serbes entièrement dévastés et des mosquées construites avec des financements en provenance d’Arabie Saoudite. On ne peut y voir aucune garantie de la protection de la culture chrétienne dans cette enclave serbe. »
Entre temps, le ministère polonais des affaires étrangères rend compte du fait que l’ambassade polonaise de Belgrade a du demander aux autorités serbes d’augmenter les mesures de sécurité en ce qui concerne leur bâtiment ainsi que leur personnel, et ce suite aux récents incidents que viennent de connaître différentes ambassades dans la capitale serbe. Cette demande est devenue d’autant plus nécessaire que la Pologne s’apprête à son tour à déclarer l’indépendance du Kosovo. Peu de distance sépare l’ambassade polonaise de l’ambassade américaine qui a été mise à feu durant la semaine dernière. Le ministère polonais a du envoyer d’autres agents en renfort. L’ambassadeur de la Pologne à Belgrade, Maciej Szymanski, a expliqué à la presse polonaise que les étrangers ne pouvaient pas se sentir en sécurité en Serbie, et le ministère polonais des affaires étrangères conseille de ne pas se rendre dans ce pays en ce moment.
L’ancien ministre de la défense de Pologne, Aleksander Szczyglo, appartenant à la formation politique de Droit et Justice (PiS), pense que la décision de vouloir faire en sorte de se porter favorable à l’indépendance de la région du Kosovo n’est pas si excellente que l’on puisse le laisser entendre, et cela d’autant plus que cet acte pourrait avoir des conséquences néfastes aussi bien en Europe comme à l’international. D’une part, la reconnaissance d’un nouvel l’État européen pourrait accroître les différents mouvements européens séparatistes ou indépendantistes. D’autre part, les plus grands États pourraient espérer que les États voisins soient victimes de ce genre de réclamations indépendantiste en vue de fragiliser la position de leurs voisins pour renforcer la leur. De même, le Kosovo est considéré, suivant l’ancien ministre polonais, comme un héritage qui revient au peuple serbe et que cette région a besoin de plus de temps pour assurer une certaine tranquillité. Il estime ainsi que la reconnaissance de cette indépendance ne doit pas se faire à la sauvette.
Par ailleurs, l’ancien émissaire de la Pologne auprès de l’Organisation des Nations Unies en mission en Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995, Tadeusz Mazowiecki, a expliqué qu’il ne s’attendait pas à ce que la Pologne prenne une décision trop hâtive en ce qui concerne la déclaration d’indépendance du Kosovo. Il a émis aussi ses craintes de voir les conflits reprendre au sein de ce pays ce qui risquerait de déstabiliser la région des Balkans toute entière.
Pour certains analystes polonais en matière de géopolitique, il serait même préférable que la Pologne ne reconnaisse pas l’indépendance du Kosovo. Cette thèse s’appuie sur le fait que cette indépendance n’étant pas reconnue par l’ensemble des pays européens, la Pologne ne risque pas de représenter une exception à l’échelle européenne.
La semaine dernière, Radoslaw Sikorski devait se rencontrer avec le Président polonais, Lech Kaczynski pour s’entretenir à ce sujet. Ce fut aussi le cas du Premier ministre polonais, Donald Tusk, qui est venu présenter au président les recommandations du Gouvernement en ce qui concerne l’indépendance du Kosovo, étant donné que cette décision doit être assortie du contreseing du président. Néanmoins, cet entretien n’a pas été constructif. Donald Tusk a expliqué à la presse polonaise que les différentes tensions entre le Président et le Gouvernement n’avaient pas aidé à accélérer le processus de déclaration d’indépendance de cette région. Donald Tusk « Je suis déçu qu’après les premières semaines de cohabitation que le dialogue entre les deux camps fut si peu constructif. Nous avons réussi, mais lentement, marche après marche, à développer quelques bonnes solutions autour des différents enjeux internationaux ».
Le Gouvernement polonais s’est donc mis à déclarer l’indépendance de la région du Kosovo, mais les pourparlers ont montré la réticence du Président de la République de Pologne. D’après le porte-parole de la chancellerie présidentielle, Michal Kaminski, la question de l’indépendance du Kosovo impliquerait de sérieuses conséquences pour d’autres régions à travers le monde et ne consiste pas seulement à régler un problème relatif aux Balkans. Ceci peut aussi avoir des impacts néfastes pour des alliés de la Pologne tel que la Géorgie ou encore l’Ukraine.
Suivant les déclarations qui ont été faites par les représentants du cabinet gouvernemental, Slawomir Nowak, même si le Président de la République de Pologne a décidé de s’opposer à une telle reconnaissance de l’indépendance du Kosovo, cela n’empêchera pas la Pologne de la lui reconnaître, et ce après décision en Conseil des Ministres qui devrait avoir lieu très prochainement, d’ici mardi prochain. Le gouvernement estime que le refus du président s’explique pour des raisons stratégiques et des craintes vis à vis des éventuelles conséquences, mais cela reste une vision que le gouvernement polonais ne partage pas.
Le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, est aussi venu s’entretenir avec le Président polonais ainsi qu’avec le ministre polonais des affaires étrangères Radoslaw Sikorski la semaine dernière. Les pourparlers concernaient la région serbe du Kosovo et de la déclaration relative à son indépendance. Celle-ci venait d’être faite par la plupart des pays de l’Union Européenne mise à part la Pologne dont la déclaration ne s’était pas encore effectuée. Javier Solona s’était par ailleurs rendu à Prishtina pour rencontrer les autorités européennes la semaine dernière.
Javier Solana, qui est le haut représentant européen de la politique commune internationale et de sécurité, a abordé de nombreux sujets avec les représentants du gouvernement polonais, dont le Kosovo, mais aussi les stratégies communes en ce qui concerne l’Iran, l’Afghanistan, le Moyen Orient ainsi que le Traité de Lisbonne. Une mission européenne de surveillance des services de police et du système judiciaire au Kosovo sera établie au Kosovo avec l’aide de la Pologne qui a déjà fournit 138 policiers qui agissent en tant qu’agents de la paix.
Pour le Premier Ministre polonais, la Pologne doit suivre la décision qui a été prise par les autres pays de l’Union européenne de vouloir déclarer l’indépendance du Kosovo, même s’il reste toutefois sage de ne pas avoir agît aussi précipitamment que ces mêmes pays. Le risque vient des menaces que pourrait entraîner cette reconnaissance de l’indépendance de cette région serbe vis à vis de la situation interne d’autres pays localisés plus à l’est de la Pologne. La décision du Premier Ministre se fait en connaissance de cause du fait que ce problème pose l’application de deux principes qui ici s’opposent, à savoir le respect de l’intégrité territoriale d’un pays ainsi que le principe des peuples à disposer d’eux mêmes ; ainsi que de la demande faite par le Président de la République de ne pas s’empresser dans cette reconnaissance.
Le Premier Ministre estime d’une part que la Pologne ne voulait pas s’empresser pour ne pas froisser ses relations avec la Russie qu’elle essaie de reconstruire. D’autre part, il doit faire face à une complication en matière de politique intérieure venant de son opposition avec le Président polonais et des conséquences qui ceci pourrait avoir au niveau national. De cette situation, la Pologne aurait bien fait de ne pas avoir été parmi les premiers pays à reconnaître l’indépendance du Kosovo et cela d’autant plus que l’ensemble des pays européens ne l’ont pas fait. En effet, certains pays européens ont des problèmes avec certaines minorités, et ceci pourrait remettre en cause certaines alliances internationales.