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Le film du réalisateur polonais Andrzej Wajda commence à rencontrer un véritable succès, aussi bien sur le continent européen qu’Outre Atlantique où il a notamment reçu l’appui de la communauté polonaise vivant aux États Unis d’Amérique. Il accumule les récompenses de différents festivals cinématographiques internationaux, et passe de moins en moins inaperçu à un tel point que la production polonaise commence à influencer dans la sphère politique comme diplomatique. La chancelière allemande Angela Merkel, ainsi que d’importants représentants allemands ont assisté à la projection du film de ce réalisateur polonais qui lui même s’inquiète de la tournure des événements que pourrait prendre la projection de son film en Russie. Ce film, par son succès international grandissant, dispose du mérite d’éclaircir les populations de tout continent d’un massacre qui était très peu connu de tous, et cela d’autant plus qu’il s’agit de projeter la lumière sur un mensonge qui avait été commis par les anciennes autorités soviétiques.
Le réalisateur Andrzej Wajda se défend toutefois de toute reprise de son oeuvre sur la scène politique, il s’agit selon ce dernier d’une oeuvre historique visant à porter un deuil, et non pas dans un objectif politique. Ce fil retrace le massacre de plus de 22000 civils et de soldats polonais, représentant pour la plupart l’élite de la société polonaise ou du moins les principaux corps dirigeants ainsi que les cadres les plus importants de l’appareil d’État polonais, dans la forêt de Katyn qui se trouve en Ukraine, non loin de la frontière russe. Ce massacre s’est produit en 1940, au moment où la Pologne était à la fois envahie par la Russie et l’Allemagne nazi, et où fut aussi impliqué le père du réalisateur. C’est par ailleurs l’armée allemande qui a été la première à découvrir ce massacre lorsque les troupes d’occupation nazi se sont rendues en Russie et qu’elles avaient découvert tous les tombeaux en 1943. Staline avait accusé les allemands d’avoir été les meurtriers des polonais, ces derniers avaient insisté sur leur découverte en Russie afin de plus ou moins masquer leur propre massacre sur les autres populations juive, tziganes,... Ce sujet était aussi très difficilement abordable dans la Pologne de l’après seconde guerre mondiale et ceci en raison des régimes communistes qui occupaient la Pologne jusqu’en 1989. Il aura fallu attendre 1990 pour que le représentant russe Mikhail Gorbatchev admette la responsabilité de son pays. Même si le film de Katyn permet de déterminer les responsabilités de chacun de deux grands envahisseurs de la Pologne, celui-ci permet aussi de mettre en avant la complicité de l’Allemagne dans le but de supprimer à la fois les élites intellectuelles et militaires de la Pologne.
Andrzej Wajda « Toute reprise politique de ce film serait trop tragique. Mon intention n’a jamais été de faire un film qui puisse attaquer la Russie. ». Alors que ce film devait être projeté sur les écrans le 5 mars prochain, cet événement a été repoussé à plus tard pour laisser la place à la célébration du 55ième anniversaire de Staline. Par contre, la projection de ce film au moment du festival cinématographique de Berlin a été très populaire, et cela d’autant plus que la presse allemande y a porté une attention toute particulière et que la chancelière Angela Merkel a assisté à l’une des premières projections en Allemagne vendredi dernier.
Andrzej Wajda a fortement apprécié le fait que la chancelière allemande vienne assister à l’une des premières projections en Allemagne. Il explique que ce geste est d’autant plus honorable que celui-ci symbolise le fait qu’on ne peut pas aller de l’avant en faisant table rase du passé. L’objectif de ce film se centralise sur deux objectifs, à la fois le massacre en tant que tel, et la suppression de la vérité, ainsi que les conséquences que ceci a produit sur les familles des victimes. Il s’agit ici d’un essai sur le sujet comme le précise la réalisateur polonais, puisque d’après lui d’autres films en la matière devraient aussi être produits, et ce même si une certaine littérature existe pour aborder ces faits historiques, il estime que celle-ci n’est pas assez foisonnante. Ce film est aussi un projet personnel du réalisateur qui est âgé de 81 ans, dont le père fait partie des victimes de Katyn, probablement assassiné dans une forêt non loin de Smolensk en avril 1940, et dont la mère n’avait jamais eut de cesse d’espérer que son mari ai pu survivre à ce massacre. Andrzej Wajda : « Jusqu’en 1950 où elle est décédée, elle avait refusé de croire qu’il avait été tué ». L’une des actrices de ce film, Danuta Stenka, qui joue le rôle de la femme d’un général qui ferra partie des victimes, a aussi témoigné de l’enseignement révisionniste, en ce qui concerne Katyn, dispensé sous les autorités communistes. Il s’agissait à la fois d’accuser l’armée allemande mais aussi de tester la loyauté envers les anciens régimes communistes de l’époque.
Il s’agit d’un devoir de mémoire, de ne pas laisser le passé sombrer dans l’oubli, bien que l’exercice de ce devoir de mémoire envers les populations polonaises massacrées fasse encore l’objet à une polémique en Russie. Ainsi, si Mikhail Gorbatchev a présenté ses excuses, les services juridiques de l’armée russe ont refusé de reconnaître ce massacre en 2004 et une certaine presse russe commence à s’interroger sur la véracité des preuves de l’implication de l’armée russe lors de la seconde guerre mondiale. C’est le quotidien Niesawichmaya Gazyeta qui explique dans sa revue de presse que la police secrète soviétique du NKVD pourrait ne pas être responsable du massacre de Katyn. L’auteur de cette thèse, qui est Alexandre Chirokorad, se fonde sur le fait que les cordes qui avait été utilisée pour attacher les victimes n’étaient pas russes, il en serait de même des munitions ainsi que des méthodes d’assassinat. Il s’oppose à tous les historiens en proclamant que les meurtriers devaient appartenir à l’armée allemande nazi.
Andrzej Wajda a ainsi annoncé que les projections qui devaient avoir lieu dans deux cinémas russes le 5 mars prochain avaient été repoussées, aussi bien pour des raisons d’ordre politique que technique. En ce qui concerne les raisons politiques, il s’agît de ne pas projeter le film le jour du 55ième anniversaire de la mort de Staline afin que les russes ne ressentent pas ce film comme une sorte de déclaration politique, et d’un point de vue technique, la version avec les sous titres russes n’est pas encore prête. Le réalisateur précise que la date du 5 mars n’était pas son idée et qu’il ne l’appréciait guère. De même, la réalisateur craignait que le fait de projeter ce film le 5 mars risquait d’entraîner plus de polémiques sur les impacts politiques de ce film plutôt que sur le film lui même. Il n’existe encore aucune date de précisée pour ce qui est de la projection de ce film sur les écrans russes alors que celui-ci a rencontré un succès grandissant en Pologne avec plus de 2,7 millions de visiteurs, ce qui le place en seconde position en Pologne après Shrek III.
A travers ce film, Andrzej Wajda a cherché à commémorer ce qu’il surnomme une grande blessure polonaise. Andrzej Wajda : « Les gens attendaient ce film. Ce film n’avait jamais été réalisé auparavant. Il traite d’une très grande blessure polonaise qui est ressentie par la nation toute entière. Il n’y pas d’autre moyen pour cicatriser cette blessure ». Même si le père du réalisateur est impliqué dans cette tragédie, celui-ci ayant 14 ans quand il a appris la mort de son père, il a gardé un esprit objectif au moment de la réalisation de son film. Son principal objectif était de témoigner de l’histoire des autres personnes, et non pas de faire partager ses seules impressions personnelles. Il s’agissait plus de se concentrer sur les intérêts que les spectateurs allaient porter à ce film plus qu’à ses propres sentiments et son expérience personnelle.
L’étendue internationale.
Ce film a été projeté en Allemagne, Grèce, Amérique du Sud, Italie, République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, pays scandinaves, et Iran. Il fait déjà l’objet de projets de diffusion sur les écrans nord américains et ouest européens. Ce succès s’explique notamment par les nombreuses distinctions et reconnaissances que vient de recevoir ce film. Lors du 58ième festival international de Berlin, la chancelière allemande a visionné ce film avec les ministres polonais et allemand de la culture ainsi qu’en présence de nombreuses autres personnalités provenant du monde artistique et politique. Elle a aussi félicité le réalisateur pour son oeuvre. Andrzej Wajda a ainsi exprimé son souhait de voir son oeuvre ouvrir un nouveau chapitre des relations entre la Pologne, l’Allemagne et la Russie, et a fait référence à la citation de Jean Paul II en ce prononçant sur le fait que sans la vérité, les nations ne peuvent être libres et encore moins entretenir de relations. A Berlin, le film de Andrzej Wajda a de fortes chances de remporter l’ours d’or dans la catégorie du meilleur film, même si ce dernier rencontre un autre concurrent, le réalisateur polonais Mariusz Wilczynski pour son film « Kizi Mizi » qui dure une vingtaine de minutes.
Ce film est aussi nominé pour le festival international du film de Miami qui aura lieu le 29 février prochain, ainsi que pour l’oscar dans la catégorie des cinq meilleurs films étrangers au festival de Los Angeles dont la cérémonie se produira le 24 février prochain. Ce film a ainsi rencontré un vif succès aux États Unis d’Amérique et la remise de son oscar devient d’autant plus vraisemblable que le succès de ce film est plus ou moins confirmé par l’ampleur des résultats d’un sondage mis en place par le New York Times. La dernière fois qu’un film polonais avait été nominé pour cette catégorie remonte à 1982 avec un autre film de Andrzej Wajda « l’homme de fer » mais avait dû être retiré à la demande des autorités polonaises de l’époque. Dans l’histoire de la remise des oscars américains, sept films polonais avaient été nominés dans la catégorie du meilleur film étranger, mais aucun d’entre eux n’avaient réussi à recevoir de multiples reconnaissances cinématographiques à l’échelle internationale. Andrzej Wajda avait déjà reçu un oscar en 2000 pour récompenser toutes ses contributions au monde du cinéma, mais il l’a donné à l’Université Jagellonne de Cracovie. Le succès du film aux États unis d’Amérique s’explique aussi en partie grâce au fort soutien de la communauté polonaise de ce pays.
Le film Katyn de Andrzej Wajda est aussi attendu au festival international du film Jameson à Dublin. Il est projeté entre les 17 et 20 février 2008. Il est en compétition avec d’autres films de réalisateurs polonais, tel que « Piège » de Andrzej Jakimowski qui a été projeté le 16 février ou encore « Le Parc du Sauveur » de Krzysztof Krauze et Joanna Kos-Krauze qui sera projeté le 19 février.
Le film a été projeté le 8 février dernier à la Campagne pour la Cinéma Libre à Hrodna en Biélorussie. Andrzej Wajda avait par ailleurs écrit une lettre destinée aux organisateurs de ce festival en Biélorussie, en expliquant que « son film ne laissant apparaître aucune haine ou idée de revanche. Il s’agit de condamner le régime de Staline qui fut inhumain à l’égard de milliers de personnes, à la fois pour les polonais comme pour les biélorusses. La vérité devait être connue si on désire l’unité des peuples. Hrodna est une ville dont je me souviens au travers de mon enfance, lorsque je vivais à Suwalki avec mes parents, et où mon père fut un officier du 41ième régiment d’infanterie. Ce film montre le destin tragique de ce régiment ainsi que l’histoire de ma mère. ».
Une reprise politique ?
Pour le député européen et ancien ministre des affaires étrangères, Bronislaw Geremek, le Premier Ministre polonais Donald Tusk aurait dû aborder la question du massacre de Katyn quand celui-ci a rendu visite au président russe Vladimir Putin. Geremek estime que le fait que la Russie ai dénié sa responsabilité lors du massacre perpétué dans la forêt de Katyn et ce pendant plusieurs années montre que le régime politique russe redevient stalinien. Il a ainsi expliqué aux médias polonais que la Pologne devrait montrer ce qu’elle pensait des crimes commis à Katyn. Il prend appui sur le film de Andrzej Wajda qui vient d’être nominé pour un oscar.
Bronislaw Geremek : « Ce sujet ne doit pas rester sous silence. Je me serais estimé heureux si le Premier Ministre polonais avait simplement glissé un mot concernant l’opinion polonaise vis à vis de ce massacre. Il ne s’agît pas de représailles envers la nation ruse, mais de critiquer un système. Donald Tusk doit l’expliquer clairement sans devoir systématiquement se soucier de la réaction de l’autre partie. De même, nous ne pouvons pas compter tous les amis que nous avons en Russie et qui risquent leur vie pour que la vérité soir connue en ce qui concerne Katyn. »
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