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A l’heure où vient de naître la polémique entre la publication du livre de Jan Tomasz Gross, « Craintes », en ce qui concerne le passé antisémite de la Pologne et la réception de cet ouvrage qui est plus ou moins bien perçu par des personnalités qui se veulent bien pensantes en Pologne, la question d’un débat concret sur les valeurs de la tolérance n’a pas eu lieu. Il est tout à fait louable de pouvoir remettre en cause le ton, l’expression, le caractère subjectif de l’ouvrage de l’historien Jan Tomasz Gross, afin de faire la part entre l’apport concrètement objectif et la présence d’une partie trop subjective qui auraient été guidée par les sentiments et l’expérience personnelle de l’auteur. Néanmoins, il reste aussi fondamental d’étudier la critique et les moyens qu’elle utilise pour essayer de remettre en cause la crédibilité de cet ouvrage, sachant que l’ensemble des critiques sont elle-mêmes guidées par des ressentiments. Cette récente polémique a un avantage, celui de permettre à la Pologne de tourner un regard moins glorieux sur son passé, mais un inconvénient de taille réelle, qui consiste à prendre une importance trop considérable sur un véritable dialogue concernant la présence ou l’existence des valeurs de tolérance au sein de la population polonaise au travers des différentes générations.
Les nombreux exemples de témoignages ne manquent pas, notamment dans le milieux artistique et chez certains artistes engagés. La sociologue polonaise Kinga Dunin constitue l’un de ces exemples depuis qu’elle vient de récemment faire part auprès des hommes politiques polonais que peu de choses ont été entreprises en Pologne en vue de favoriser la tolérance, aussi bien pour les juifs comme pour les homosexuels. L’ancien maire de la ville de Varsovie, Jaroslaw Kaczynski, a été condamné par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour avoir interdit une manifestation de communautés homosexuelles. La sociologue dénonce ce qu’elle appelle la dépendance de certains hommes politiques vis à vis de l’Église polonaise qui ne veulent pas perdre leur électorat, notamment chez les hommes politiques de droite. L’intolérance concerne aussi toute sorte de minorité, et des discriminations ont aussi lieu pour les femmes. La sociologue estime que les polonais ne sont pas tolérants. Elle donne pour première raison les conflits de l’Église polonaise avec la culture juive. Elle joue un double jeux où d’une part elle institue une dialogue avec les communautés juives, et d’autre part, elle la poignarderait avec une série d’extraits de littératures antisémites, mais aussi en émettant des déclarations hostiles aux juifs comme ce qui s’est produit sur Radio Maryja. La sociologue ne met pas uniquement en cause l’Église polonaise, mais aussi l’éducation des populations, mais ceci reste tempéré au fait que les plus jeunes générations entrent de plus en plus en contact avec les autres générations des autres pays. Les stéréotypes qui restent malgré tout très présents au sein de la population polonaise restent l’antisémitisme, la discrimination des communautés homosexuelles, le sexisme, ainsi que la mise à l ’écart des handicapés. Pour lutter contre ce phénomène, la sociologue estime par ailleurs que les hommes politiques doivent avoir le courage de le dénoncer et de prendre les mesures qui s’imposent.
Bien que la question du problème de l’antisémitisme ne concerne pas uniquement la Pologne, la sociologue fait remarquer que les vives réactions et attaques à l’égard du livre de Jan Tomasz Gross est la preuve formelle que la population polonaise, où du moins la partie qui est à l’origine de ces attaques, a encore quelque chose à se reprocher, quelque chose qu’elle ne voulait pas démontrer. L’effet est d’autant plus probant que les critiques les plus vives proviennent de personnes qui ne connaissent pas l’ouvrage pour ne pas l’avoir lu, et c’est pour cela qu’il reste évident que la différence entre une critique constructive et des attaques fondées sur des ressentiments démontre qu’une partie de la population polonaise cherche à cacher ce qui est resté dans son inconscient. La sociologue explique ainsi que la mise en place de ce mécanisme de vive réaction a été entraînée par le ressentiment d’une faute mais aussi d’un manque de confiance en soit, alors que toute personne qui dispose d’assurance supporte mieux la critique. Ce n’est pas le livre de Jan Tomasz Gross qui risque de porter préjudice à la Pologne, ce qui porte actuellement un préjudice à la Pologne, c’est la campagne hystérique contre cet ouvrage et encore plus celle qui est menée par des détracteurs qui n’ont jamais lu l’ouvrage. Au lieu de disposer d’un réel dialogue sur la tolérance en Pologne, cette hystérie plus que prouvée par certains médias a pris le dessus, discréditant la Pologne sur la scène internationale. Ce mouvement était renforcé en prenant quelques passages plus ou moins tendus, en faisant de rapides résumés qui s’écartaient de l’esprit de l’ouvrage, en jouant sur des phrases et événements chocs comme par exemple l’impression d’un ecclésiastique polonais, sans porter d’analyse plus développée sur le message qui se dégage de cette oeuvre. Le fait de débattre sur une oeuvre est très bien en soit, mais la sociologue énonce l’encadrement de ce débat, le fait qu’on ai oublié de souligner les questions fondamentales, à savoir l’évolution de l’antisémitisme au sein de la population polonaise, les nouvelles formes à partir desquelles il a évolué. L’interrogation clé de ce livre ne se trouve pas sur la seule acceptation d’un passé, mais aussi d’un mal et des formes qu’il prend à l’heure actuelle au sein de cette société. L’hystérie développée autour de cet ouvrage a confirmé que ce malaise était réel, mais développé sous d’autres formes.
Le terrain sur lequel il est primordial d’agir en Pologne reste celui des plus jeunes générations et de l’éducation qui doit mettre en place des programmes de sensibilisation. Les changements doivent aussi se produire au sein de la scène politique, ainsi que de la mise en oeuvre d’activités favorisant l’intégration des minorités. Les barrages viennent d’une part du fait qu’il est difficile pour les hommes politique de droite en Pologne de remettre en cause l’Église, et d’autre part pour les hommes politiques de gauche de remettre en cause une politique antisémite qui avait été fondée par les anciens régimes communistes. Pourtant, ce genre d’action est d’autant plus importante qu’elle permettra à la population polonaise d’affronter toute sorte de nouvelle polémique et de ne pas plonger dans un mouvement qui agirait contre elle-même. Il s’agit par ailleurs de suivre la même voie que la plupart des pays européens qui ont réussi à briser toute forme de discrimination à l’égard des minorités. Il s’agit aussi de garanties vis à vis du développement de la société polonaise. Cela lui permettra d’être plus perméable aux échanges et donc d’accroître ses avancées dans plusieurs domaines, comme par exemple une meilleure intégration au sein de l’Union Européenne, mais aussi d’améliorer la qualité de vie de ses citoyens.