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L’ouvrage « Craintes » de l’historien juif américain Tomasz Gross qui vise à témoigner des craintes au sein de la population juive en Pologne au lendemain de la seconde guerre mondiale vient de soulever de nombreux débats en Pologne où s’affrontent à la fois la recherche d’une construction objective de la connaissance historique contre l’acceptation d’un passé qui se révèle plus comme un tabou. Dans tout régime démocratique la liberté d’expression et la liberté de presse sont protégées au titre des libertés fondamentales. Ces libertés suprêmes sont protégées à travers les textes constitutionnels mais aussi au sein des traités internationaux visant à protéger les droits de l’homme. Au même titre que la liberté d’expression figure la protection de l’individu, ce qui limite la liberté d’expression à ne pas commettre de diffamation. La notion de diffamation est une notion très complexe et dont les critères objectifs ne représentent pas une mince affaire à mettre en oeuvre, tant il est par contre devenu extrêmement facile, voir même un phénomène de mode, de proclamer de diffamatoire tout courant de pensée qui ne s’alignera pas avec celui de quelques individus. La notion de diffamation étant réduite au seul outil de contre argumentation, l’emploi de ce terme perd peu à peu de crédibilité, et cela d’autant plus quand on s’attaque à un ouvrage réalisé par un historien et professeur d’histoire.
Défendre l’individu de diffamation, défendre un groupe, une entreprise, une association, voir un peuple, de diffamation, n’a rien de surprenant. Les mesures sur les libertés de presse sont faites dans cet objectif. Néanmoins, ne serait ce que proposer l’article 132 du code pénal polonais pour attaquer l’ouvrage de Tomasz Gross revient à une manoeuvre pittoresque. Non seulement cet article signifie une double absurdité, voir La réception du livre de Tomasz Gross sur l’antisémitisme en Pologne., mais cet article impute à toute personne le fait d’annoncer que le peuple polonais ai commis des crimes nazi ou communistes comme des atteintes diffamatoires à la nation polonaise. Cet article est le fruit de l’ancien gouvernement conservateur Droit et Justice (PiS) qui a principalement été dirigé par Jaroslaw Kaczynski. Jaroslaw Kaczynski a été un Premier Ministre extrêmement impopulaire en Pologne, il n’a jamais été élu, il a juste pris la place de l’ancien Premier Ministre Kazimierz Marcinkiewicz. Son gouvernement avait créé une coalition et s’est associeé avec l’extrême droite polonaise, le parti de la Ligue des Familles Polonaises (LPR) dirigé par Roman Giertych. Le parti de la Ligue des Familles Polonaises ainsi que celui de Droit et Justice ont reçu le soutien de radio Maryja dont les dirigeants ont fait preuve d’actes d’antisémitisme. Le principal dirigeant de cette radio a publiquement annoncé que le président polonais était aussi à la merci des juifs lors d’un meeting remontant au printemps 2007. Lors des manifestations des fidèles de radio Maryja, il n’est pas rare de voir dans les rues des slogans antisémites. Il ne s’agit pas du premier texte de loi ridicule auquel ce gouvernement avait coutume de nous faire part. Annoncer que sera condamnée toute personne qui aura eu à dénoncer des crimes qui se sont produits, et qui plus est à les démontrer, relève plus de l’inquisition émanant de cet ancien gouvernement conservateur que de la lutte contre les dérives de la liberté d’expression. Il a été possible que soit écrit, publiquement dans une institution publique, sur la porte de l’ancien vice premier ministre polonais Roman Giertych, qu’il donnait un « coup de pied au derrière » à tous les homosexuels, par contre, il serait prohibé de dénoncer des faits historiques, si ces derniers sont prouvés et avérés ? De même, en parlant de crimes communistes, c’est bien l’ancien gouvernement conservateur Droit et Justice qui fut le premier spécialisé à dénoncer les collaborateurs polonais au sein de la nation polonaise. Cet article du code pénal est contradictoire, c’est une forme virtuelle de la Pologne qu’on voulu imposer les frères Kaczynski. Cet article provient d’un gouvernement à la fois conservateur et nationaliste qui n’arrêtait pas de cultiver une vision héroïque de ce pays.
Les magistrats de l’instruction en Pologne viennent de lancer une procédure d’enquête pour examiner si Jan Tomasz Gross ne s’est pas rendu coupable du crime de diffamation tel qu’il est défini à l’article 132 du code pénal polonais qui condamne toute personne qui aura accusé la nation polonaise de participation, d’organisation, ou de responsabilité lors des crimes nazi ou communistes. Les polonais ne sont pas des gens dupes, qu’il s’agisse aussi bien des supporters de Jan Tomasz Gross, ou encore des critiques les plus virulentes, mise à part les groupuscules d’extrême droite, personne ne désire cette inquisition. Comme l’a par ailleurs expliqué un représentant de l’Église polonaise, l’archevêque Zycinski, les livres sont faits pour être lus et commentés, ceux qui sont d’une piètre qualité seront très vite oubliés. Boguslawa Marcinkowska, du bureau du procureur de la ville de Cracovie, a annoncé que l’enquête sur l’ouvrage « Craintes » de Jan Tomasz Gross a été lancée car il a accusé les polonais d’avoir été antisémites mais aussi d’avoir contraint les juifs ayant survécu à l’Holocauste à devoir quitter la Pologne. Les raisons qui ont motivé la décision du magistrat proviennent d’une part des plaintes qui ont été déposées à l’égard de Tomasz Gross, et d’autre part des différents articles qui sont apparus dans la presse. S’il le tribunal le reconnaît comme coupable, il risque trois années d’emprisonnement.
Jan Tomasz Gross a été étonné que son ouvrage puise faire l’objet d’une mesure inquisitoire, et a expliqué que l’argent public polonais pouvait servir à des causes bien plus utiles. Il est né en 1947, il a dû quitter la Pologne en 1968 lorsque le gouvernement communiste de la République populaire de la Pologne avait organisé une lynchage antisémite. Le gouvernement communiste polonais de l’époque avait continué l’oeuvre du nazisme mais avait changé de prétexte en parlant de lutte contre le sionisme, prétexte qui n’avait eu aucun sens puisque les répressions se sont faites à l’égard de l’ensemble des juifs de Pologne. Même si Jan Gross se focalise sur les pogroms de Kielce et de Jedwabne, les répressions anti juives en Pologne ont été assez nombreuses. La population juive était de 3,5 millions avant la seconde guerre mondiale, elle est descendu à 250000 personnes en 1946. Le massacre de Kielce a poussé 92000 d’entre eux à quitter la Pologne pour ne plus y retourner, si bien que la population totale s’estimait à 69000 personnes après le massacre de Kielce. Les répressions de 1968 n’ont pas amélioré les choses. L’un des premiers ouvrages de Tomasz Gross concerne « Voisins » et démontre le massacre de 1600 juifs par la population polonaise de Jedwabne, ouvrage qui avait obligé l’ancien président polonais Aleksander Kwasniewski à présenter des excuses publiques. Cet ouvrage avait aussi provoqué de nombreux débats entre la communauté catholique polonaise et la population juive de Pologne. Le second ouvrage de Tomasz Gross, « Craintes » démontre cette fois-ci le massacre de 40 des survivants de l’Holocauste au sein de la commune de Kielce. D’après l’Institut National du Souvenir en Pologne, entre 300 et 3000 juifs qui sont revenus des camps nazi ont péri lors des pogroms. Jan Gross défend aussi les polonais qui avec courage ont défendu les populations juives. Toutefois, l’oeuvre de Jan Gross ne consiste pas à s’attaquer à une nation, mais à un mythe, à un mensonge qui consiste à dire que la Pologne n’a été qu’un martyre au cours de la seconde guerre mondiale. Il accuse la société polonaise d’avoir laissé le régime communiste accomplir le rêve des nationalistes polonais, c’est à dire débarrasser la Pologne de la population juive.
Face à la menace de poursuites juridiques, Tomasz Gross a annoncé qu’il révélerait toutes les atrocités qui ont été commises à l’égard des juifs au lendemain de la seconde guerre mondiale en Pologne. Il ferra venir des témoins, aussi bien juifs comme polonais, qui expliqueront exactement tout ce qui s’est passé. Toutefois, la légalité de l’article 132 du code pénal polonais est en train de faire l’objet d’un examen auprès du Tribunal Constitutionnel polonais. Tomasz Gross a aussi expliqué qu’il désirait que son livre agisse sous forme de thérapie de choque, et non en tant que diffamation.
Tomasz Gross : « J’espère que le procureur laissera tomber l’affaire, j’ai de sérieuses raisons pour croire que cela va se produire. Par contre, s’ils me poursuivent, il y aura matière à scandale. Ce livre n’est pas une diffamation, il s’agit de la description d’une période. Désormais, la Pologne est traversée par un grand débat, et cela doit continuer ainsi. » ..... « Un juif, au lendemain de la seconde guerre mondiale, était considéré comme une menace, et ceci pour différentes raisons. Ce dernier pouvait revendiquer l’une de ses propriétés. Le juif était aussi la personne qui pouvait témoigner de crimes horribles qui avaient été commis par de nombreuses personnes lors de l’occupation par l’Allemagne nazi. L’antisémitisme était donc une règle adoptée au sein de la société polonaise. Les responsables des crimes antisémites n’ont pas été condamnés . »
Pour comprendre l’ouvrage de Tomasz Gross, il faut s’en référer à d’autres ouvrages qui ont été composés en la matière mais de manière plus explicite et scientifique tel que l’oeuvre intitulée « Après l’Holocauste, le conflit polonais juif au lendemain de la seconde guerre mondiale. » de Chodakiewicz. Celui-ci explique qu’un historien se doit de reconstruire la vérité à travers les faits de l’Histoire. Ses propres recherches au sein des archives polonaises l’ont amené à conclure que la plupart des crimes commis contre les juifs n’avaient pas tous de but antisémites. Les relations entre la population polonaise et la population juive s’expliquent plus concrètement dans le contexte du régime stalinien de l’époque. Si au lendemain de la seconde guerre mondiale la Pologne aurait été devenue une démocratie libre, celle-ci aurait pu favoriser le retour à la propriété de chacun. Mais voilà , dans le contexte du régime stalinien, l’hostilité à toute forme de propriété était affirmée. De même qu’ils subsistaient des conflits de propriété que les autorités locales communistes auraient du s’efforcer de résoudre, ceci ne s’est pas produit. La seule chose dont les communistes ont été capables de faire, c’est de détruire l’appareil d ’État polonais ainsi que les fonctionnaires et donc les forces de maintien de la paix. La Pologne s’était retrouvée dans une situation anarchique où aucun appareil de justice n’existait, ce fut la porte ouverte au banditisme. Ainsi, lorsque les survivants juifs sont revenus des camps nazi, ils ont retrouvé une population qui n’était plus contrôlée et ne pouvaient pas être protégés.
Lors des débats qui se produisent actuellement en Pologne, certains préfèrent l’ouvrage de Chodakiewicz pour ses travaux historiques alors qu’ils considèrent que l’oeuvre de Tomasz Gross va trop loin en disant que les actions contre les juifs étaient le fruit de toute une société. D’autres affirment par contre que l’oeuvre de Tomasz Gross reflète exactement la réalité puisque lors des différents massacres de populations juives, qu’il s’agisse de Kielce, Jedwabne, Zamosc ou encore Radzilow, l’antisémitisme était devenu la conduite à adopter. La plus grande majorité des historiens polonais reconnaissent les aspects positifs du nouvel ouvrage de Tomasz Gross, ils reprochent toutefois à son auteur d’être allé un peu fort dans le choix de ses expressions. Parmi les historiens qui au contraire critiquent l’oeuvre de Gross, ces derniers savent qu’il n’existe aucun honnête historien qui ne puisse pas reconnaître que l’antisémitisme était très répandu au cours de la seconde guerre mondiale, mais ils estiment que l’interprétation de Tomasz Gross va trop loin en affirmant que les polonais ont participé à l’extermination des juifs au cours de la seconde guerre mondiale et qu’ils ont continué un tel travail au lendemain de cette même guerre. Pour le directeur de publication du journal catholique Tygodnik, le père Adam Baniecki, l’auteur de cet ouvrage a créé de vastes généralisations à partir de certains faits, certes indiscutables, mais en les imputant à l’ensemble de la société polonaise. Boniecki « Il a créé des généralisations sur des faits spécifiques et en a tiré des conclusions qui réservent à la Pologne une image globale qui consiste à dire que ce pays a cherché à tuer des juifs. Qui que ce soit qui a vécu à cette époque est en mesure de savoir que c’est faux ».
Le débat est désormais ouvert en Pologne, et c’est du moins l’une des actions les plus positives qu’aura pu entraîner la publication en langue polonaise de cet ouvrage, un débat qui se doit de prendre en compte les différentes opinions, sans condamner qui que ce soit de délit d’opinion. L’un des analystes politiques de la société polonaise, Mariusz Ziomecki, a expliqué qu’il serait peut être temps pour la Pologne que ce pays arrête de minimiser une image inconfortable de son passé. Il serait préférable d’accepter une responsabilité partagée plutôt que de vouloir absolument minimiser ou encore nier. La Pologne doit savoir qu’il y a eu des polonais qui ont fait preuve d’attitudes héroïques, mais que d’autres ont continué à persécuter les polonais. C’est le devoir qui s’impose à l’heure actuelle en Pologne.
Dans cette histoire, on peut tout de même se demander qui diffame qui ?
Il a été écquitté : Tomasz Gross évite le procès en Pologne pour son ouvrage « Craintes ». mais on peut éventuellement mettre cela aussi bien sur un manque de preuve concernant les plaintes contre les soit disantes accusations, comme aussi bien l’appareil judiciaire lui même. L’accusation en diffamation n’est valable que si on dispose de quelque chose de solide. Peut être qu’à travers vos enquêtes vous avez eu des éléments, mais pourquoi la justice polonaise n’a pas pu en disposé d’autant ?
Disons que pour faire un livre purement objectif, il faut éviter d’être trop partisan. Il s’agît d’un témoignage, sujet à interprétation. Mais l’accuser de chef de file de la haine raciale anti polonaise, ne serait ce pas aussi faire de la diffamation ? C’est toute la complexité de ce qu’on appelle le devoir de mémoire, il faut éviter un certain laxisme vis à vis du passé, ou encore une hystérie face à la réception de cet ouvrage, mais en contre partie, on ne peut pas d’embler accuser les polonais d’être des antisémites notoires, parce que derrière chaque nationalité se cache des gens divers et différents, et que chaque généralisation ne peut conduire qu’à l’erreur.
Peut être que cet ouvrage a su mettre le doight sur une partie de l’Histoire sensible de la Pologne, mais ce n’est pas pour autant que ce pays se doit de se voir accusé, ou encore chaque polonais montré du doight, ce qui relèverait de l’absurde.