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La "Boutique de l’Orfèvre", pièce de théâtre sur le sentiment amoureux, écrite par Karol Wojtyla bien avant qu’il ne devienne le pape Jean Paul II, sera sur les planches parisiennes du 9 mai au 2 juillet, a indiqué le metteur en scène, Paul de Larminat.
La pièce consiste en trois longues scènes, ou tableaux, où des couples évoquent leurs besoins d’amour, leur passion ou leurs frustations. Elle sera jouée dans la chapelle de la Fondation Eugène Napoléon, place de la Nation à Paris.
"Peut-on aimer quelqu’un toute sa vie ?", est le thème central de cette "oeuvre d’art écrite par le jeune évêque co-adjuteur de Cracovie, dynamique, athlétique pour qui la parole était fondatrice de l’identité de l’homme, surtout en Pologne", souligne M. de Larminat, 53 ans, architecte de formation, lancé dans le théâtre depuis 25 ans.
"Reprendre La Boutique de l’Orfèvre en 2006 (qu’il avait mise en scène à Saint-Denis, en 2000), c’est rendre hommage à cet homme hors du commun et, un an après sa mort, offrir une belle part de son héritage", ajoute-t-il.
Le premier tableau -"les appels"- met en scène Thérèse et André et l’auteur montre que l’amour ne peut être une passion débridée. Puis Anna et Stéphane -"les amours"- se disent leur flamme, mais leur relation s’anéantit.
Arrivent en dernier tableau Monique, fille d’Anna et de Stéphane, et Christophe, fils de Thérèse et d’André, mort jeune à la guerre. Ils sont effrayés par la perspective d’une vie d’amour, refusent de se lancer, tant sont profondes leurs souffrances et leurs plaies d’enfance.
Souvent surgit Adam, sorte d’ange, qui tente d’aiguiller les amoureux vers la réussite.
"Ce que veut dire Wojtyla, c’est que l’amour humain, un thème qui lui était très cher, qu’il aimait aborder, doit nécessairement être ancré dans un amour absolu qui ne se trouve qu’en Dieu", souligne Paul de Larminat.
"L’écriture théâtrale de Karol Wojtyla est incantatoire et dense. Elle procède par fulgurance. Elle est abrupte, sans concession aux modes, elle atteint immédiatement l’essentiel. Le spectateur accède de plain-pied au niveau où le coeur, le langage, la culture, l’intelligence humaine réalisent l’alchimie mystérieuse qui fonde l’éthique d’une société", poursuit-il.
"Mystérieux orfèvre, dont la vitrine est plus étrange encore, qui ne mesure le poids des alliances qu’au poids de l’homme, qu’à la densité de l’homme", écrivait Jean-Louis Barrault dans l’introduction de la traduction française de l’oeuvre en 1980 (Cana-Le Seuil).
La musique de Francesco Agnello et la chorégraphie d’Alexandre Luyat rythment les performances des jeunes acteurs, tels Zsuzsanna Varkonyi, Thomas Laroppe, Alain Sportiello, Stella Guilani, tandis que la production est assurée par Martine Loriau.
Avant d’être élu pape en 1978, Karol Wojtyla fut comédien et auteur d’une ouvre littéraire riche. Pendant ses études de philologie à Cracovie en 1938, il collabore activement au "Théâtre Rhapsodique" qui devient bientôt un lieu de résistance culturelle au nazisme.
Plus tard, il est l’auteur d’un ouvrage "Ecrit sur le théâtre", et de quatre pièces, dont La Boutique de l’Orfèvre est la dernière. Le théâtre est le creuset de sa pensée philosophique, dans laquelle rien de ce qui touche l’amour humain -sexe, jouissance, volupté- n’est tabou.