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La Guerre des Vodkas.

dimanche 1er juillet 2007.
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Les producteurs polonais de vodka doivent faire face à une compétition plus féroce sur le marché européen et ce depuis que le Parlement Européen vient d’adopter une nouvelle définition du terme de vodka en date du 19 juin 2007. Cette décision aurait pour signification que n’importe quelle boisson distillée à partir de la pelure de banane ou d’un résident de pulpe de raisin pourrait s’appeler vodka. Ceci contraste avec la définition officielle de la vodka. Elle se doit d’être une eau de vie produite à partir de seigle, de blé, de pomme de terre ou de betterave, son taux d’alcool doit se localiser entre 37 et 80 degrés même si les formules les plus classiques se situent aux alentours de 40 degrés. La vodka est produite dans de nombreux pays de l’ Europe de l’est, principalement en Russie, Pologne, Ukraine et Biélorussie. La naissance et les traces officielles de cet alcool se localisent aussi dans les pays d’Europe de l’ est et d’ Europe centrale.

Cette nouvelle définition est née d’enjeux commerciaux entre les différents pays de l’ Union Européenne. Les pays surnommés ceux de la ceinture de vodka, ou arc européen de la vodka, incluent la Pologne, la Suède, le Danemark, la Finlande, l’Estonie, le Lituanie, la Lettonie, ainsi que la Russie, la Biélorussie et l’ Ukraine, mais ces trois pays ne font pas partie de l’ Union Européenne. Les hostilités ont commencé du côté du groupe britannique, néerlandais, français et autrichien qui s’est permis d’avoir une définition plus laxiste de la vodka et qui a commencé à considérer qu’après tout la vodka pouvait très bien être un alcool provenant de la distillation de grappes et d’autres fruits. Les enjeux de ce conflit sont d’autant plus importants que ces derniers sont détenus par de grands groupes qui se déchirent le marché de la vente des vodkas., marché qui peut représenter jusqu’à 12 milliards de dollars.

Autant dire que pour les tenants et passionnés de la pure vodka, la nouvelle définition donnée par le Parlement Européen ne se résume qu’à promouvoir une nouvelle sorte de vodka, dont une des catégories serait éventuellement distillée à partir de grains ou de pommes de terre, tandis que d’autres catégories peuvent être distillées à partir de bananes, de grappes, de maïs, de kiwi ou de noix de coco, d’un peu de tout et n’importe quoi, et recevoir à titre gracieux et dérisoire le label de vodka.

Il n’est pas utile de devoir préciser qu’une telle nouvelle définition donnée par le Parlement Européen est un coup dur à l’économie polonaise qui est l’un des principaux exportateurs de vodka. L’industrie de la distillation de boissons alcoolisées en Pologne génère chaque année des revenus assez colossaux pour le gouvernement polonais. Les producteurs polonais distillent plus de 250 millions de litres de vodka chaque année, soit 40% de la production de l’ Union Européenne. Les revenus gouvernementaux sur la taxe d’assise, encore surnommée taxe sur la valeur ajoutée, représentent entre 4 et 5 millions de zlotys. Cette nouvelle définition donnée par le Parlement européen va évidement affecter plusieurs secteurs de l’ économie, dont les agriculteurs mais aussi les producteurs, ainsi que le budget général de l’ État polonais et les consommateurs.

Cette nouvelle définition va évidement profiter à de nouvelles boissons telle que la Grappa Italienne, qui est avant tout une marque de vin, ainsi que le marc français, qui est une autre sorte de vin produite à base de restes de grappes de raisins et des graines récoltées au moment de la distillation du vin. Ces alcools contiennent aussi un degré d’alcool qui se situe entre 40 et 45%. Il y a aussi les rakija hongrois et bulgares, alcools obtenus à partir de mirabelles, et qui pourront désormais obtenir le titre de vodka.

La décision du Parlement Européen peut d’autant plus être surprenante qu’elle représente normalement une institution ayant pour mission de protéger les productions traditionnelles, ce qui représente d’ailleurs l’un des principes de l’ Union Européenne. L’un des meilleurs exemples est celui du vin, où il est spécifié par la législation européenne qu’il est interdit de produire des alcools et de leur donner le titre de vin si ils ont été obtenus à partir de la distillation de riz, de groseilles, de cassis, et pour ce qui est du cognac, il est clairement précisé qu’il ne peut être obtenu qu’à partir de la distillation de vin.

Lors des débats parlementaires qui ont dû trancher sur la question, certains ont proposé une nouvelle définition du terme de vodka, en définissant la vodka comme un spiritueux obtenu à partir d’éthane provenant lui même d’un savoir faire agricole spécial et unique. Toutefois, la plupart des membres furent hostiles à ce genre de nouvelle définition basée sur les traditions et le savoir faire en prétextant qu’il s’agissait d’un stratagème qui visait à exclure les autres producteurs de vodka. Néanmoins, il ne faut pas oublier que de très nombreux producteurs européens ont largement profité des lacunes en ce qui concerne les réglementations dans la production de la vodka afin de pouvoir vendre des produits distillés qui provenaient de plusieurs composants différents, tout en y ajoutant certains assaisonnements et parfois même des modificateurs de goûts chimiques.

Pour le député européen de nationalité finnoise, Henrik Lax, les régulations concernant la production des boissons dites vodka doivent être aussi strictes que celles qui encadrent les productions de champagne. Seules de telles réglementations pourront donner droit à un label protégé, et ceci est d’autant plus important qu’il s’agît aussi et avant tout de respecter les consommateurs. Les consommateurs ont le droit de savoir si le vin qu’ils ont acheté a bel et bien été distillé à partir de grappes, qu’une bouteille de gin provient bien de genièvres, et que la vodka provient bien de pommes de terres ou de grain. Le député européen de nationalité polonaise, Ryszard Czarnecki a tout simplement rétorqué au reste du Parlement Européen si les français seraient prêt à accepter que le champagne soit fait à partir de prunes ou de mirabelles, ou si les anglais seraient aussi prêts à accepter que l’on puisse produire du whisky à partir d’abricots . Il ne régnait qu’un très fort climat de tensions entre les deux groupes lors de l’assemblée parlementaire. Cette question n’a pas été résolue à partir du bon sens, mais à partir d’un simple rapport de force économique que devront payer les producteurs de vodka légale face aux arnaques des producteurs de fausse vodka qui ne se soucient guère de devoir respecter leur clientèle.

Il est évident que la décision du Parlement Européen se résume en une grande absurdité. Rappelons qu’il y a encore quelques années, c’est cette même assemblée parlementaire voulait qualifier les grenouilles et les escargots comme des poissons. A cette époque, ce conflit trouvait les mêmes origines, un rapport de force économique. Cette extraordinaire révolution du domaine biologique est due aux français, qui à l’époque avaient réussi à faire adopter une directive européenne considérant à faire en sorte que les grenouilles et les escargots puissent eux aussi être considérés comme des poissons, et ce au moment même où la commission de Bruxelles avait alloué des subventions pour toutes les élevages alevins. Autrement dit, pour des raisons de subventions européennes, les français n’ont pas hésité à aller au delà des lois de la biologie, puisque les grenouilles et les escargots, c’est bien connu, ceux sont aussi des poissons. Mais la Commission de Bruxelles a réussi à aller plus loin. Sous la pression des producteurs de confiture de carotte du Portugal, les carottes sont devenues des fruits de consommation courante. En effet, le problème provenait d’une nouvelle définition européenne qui définissait les confitures comme ne pouvant être produites qu’à partir de fruits, ce qui avait gêné les producteurs en question.

Dans la série des absurdités, le Parlement Européen ne s’en est pas arrêté à ces affaires. Ainsi, il fut à la fois interdit de faire bouillir du lait ou encore l’aigrelet de concombre fut défini comme un produit légèrement pourri. Comme les législateurs de l’ Union Européenne sont des gens très occupés afin de produire des mesures utiles pour les citoyens européens, ils ont réussi durant ces dernières années à définir la longueur générale moyenne ainsi que le rayon de courbure des bananes, ou bien la vitesse maximum admissible au sein d’une grange, ou encore à définir les dimensions exactes des échelles et des chaises de bureau.

Ce conflit autour de la définition de la vodka montre bien que l’une des principales lacunes de l’édification juridique de l’ Union Européenne reste celle de devoir produire des normes standards de production et de protection des consommateurs, ainsi que le respect des traditions qui sont en train de disparaître au profit des grands groupes industriels. Néanmoins, l’ Union Européenne a voulu créé une opportunité de marché en donnant une définition opportuniste de la vodka. Si la Pologne a perdu sur ce terrain, il ne faut pas oublier que le seul juge est le consommateur, et que sur ce terrain, les producteurs polonais devancent de très loin leurs concurrents. S’il y a bien un terrain sur lequel le producteur polonais va l’emporter, c’est bien sur celui de la qualité de ses produits qui est mondialement connue de tous.

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